Bonne sieste les petits !

Chères Exploratrices,

Chers Explorateurs,

Et si aujourd’hui nous explorions plus en amont le sommeil des tout-petits, loin d’être toujours de tout repos ?

Et si nous creusions la manière d’accompagner ce temps si crucial en termes de développement, notamment du cerveau ? Nous le savons en effet, le sommeil du bébé facilite sa maturation neurale[1], un élément crucial quant aux possibilités présentes, comme à venir, du tout-petit.

Bébé souhaite explorer le monde ? Nous souhaitons qu’il le fasse dans les meilleures conditions ? Alors jouons la carte sommeil à fond (selon les besoins propres à chaque tout-petit !)

Pour nous inspirer et partager aujourd’hui ses expérimentations, Sylvie Lesur, agent hospitalier à la crèche de Paul-Brousse à Villejuif. Une crèche hospitalière donc, avec une amplitude horaire allant de 6h30 à 21h30. Le nombre de bébés ? Trente-cinq inscrits, et un accueil allant jusqu’à parfois vingt-cinq tout-petits à la journée. Autant dire qu’il convient de penser bien profondément à la manière de permettre à chacun d’eux de bénéficier d’un sommeil serein, tranquille…

Crèche appelle marchand de sable !

Celui de Bonne nuit les petits (vous rappelez-vous de Nounours, Nicolas et Pimprenelle ?) serait en tout cas le bienvenu ! Nombre d’enfants ont ainsi été rythmés dans leur prime enfance par le générique de fin de cette célèbre série télévisée marquant le moment de s’endormir.

Si Sylvie Lesur nous propose de cheminer dans le sommeil des tout-petits via ce souvenir, c’est qu’il représente bien plus qu’on ne peut le croire ! Évidemment que nous pourrions tous souhaiter avoir un marchand de sable attitré au sein de chaque structure d’accueil (et maints parents signeraient aussi d’emblée pour cette embauche !) ; mais au-delà, ces trois à cinq minutes (selon la saison, selon les générations d’enfants !), constituent en effet un formidable donneur de temps.

Donneur de temps (ou synchroniseurs) ? Quèsaco ?

Cette notion, développée notamment par la pédiatre et chercheuse Marie-Josèphe Challamel, peut être définie comme ce qui participe à installer et renforcer chez le tout-petit, cycle de sommeil et de veille. Ce qui joue en la matière ? La relation avec la mère, l’alternance jour/nuit, la régularité des prises alimentaires, des moments de promenades et d’échange, des heures de sieste, de coucher de réveil[2]

Par les donneurs de temps, c’est l’apprentissage du sommeil qui se fait : oui, oui, apprentissage, vous avez bien lu ! Quand bien même vous auriez du Gaston Lagaffe en vous, et seriez ainsi capable de vous endormir à loisir n’importe où, n’importe quand, il ne s’agit pas d’oublier que pour un nouveau-né, le sommeil n’est pas évident : lui qui dormait 20h dans le ventre de sa mère, le voilà qui peu à peu ne dormira plus que 16h/17h… 15H/14h…13h… un rythme qui change donc, réglant progressivement son mécanisme biologique sur 24h et adaptant son horloge interne sur l’environnement…

Autant dire que pour un bébé accueilli en crèche, avec les discontinuités notamment spatiales et temporelles que cela implique, la notion de repère lui est précieuse…

À défaut d’avoir un marchand de sable sur place, créer de quoi accompagner le tout-petit dans l’installation d’un rythme.

Créer des repères

Le sommeil : il ne se limite pas aux seules heures (bien que nombreuses !) où le bébé dort ! Pourquoi ? Car il y a aussi l’avant et l’après, dans une continuité qu’il s’agit de penser, de créer.

L’attachement est dès lors de la partie, avec cette volonté de Sylvie Lesur et de ses collègues d’être de véritables phares (cf. Anne-Marie Fontaine[3]) pour les bébés.

Oui, mais on ne peut éclairer un même tout-petit tout le temps ? Le rythme de ses venues peut ne pas correspondre à notre temps de présence…

Et il peut être tout autant difficile d’éclairer chacun personnellement dans la collectivité !

Alors un accueil pensé en petits groupes séparés (évitons le stress généré par un nombre d’enfants trop élevé ! Aïe, trop de cortisol !), en utilisant pleinement tout l’espace disponible, mais aussi le temps, avec un échelonnage de celui des repas comme du/des repos. Tous les bébés n’arrivent pas à la même heure ! Tous n’ont pas les mêmes besoins, alors une adaptation et un ajustement fondamentaux.

Repères de lieux, de temps, de personnes : en en ce qui concerne ces dernières, pas uniquement les adultes ! Car les tout-petits ont aussi (ou non !) des affinités avec leurs pairs ! Observer et s’ajuster pour créer de la cohérence à ce niveau est aussi important !

Et puis, les bébés n’ayant pas la capacité, comme nous adultes, de se saisir du temps abstrait (les « à telle heure, les « dans 5 minutes), une création de repères répétitifs, espèces de schèmes concrets d’activités (par exemple un lavage de mains avant le repas) dont les tout-petits peuvent progressivement se saisir, sur lesquels ils peuvent s’appuyer…

Autant d’éléments qui jouent sur la sérénité si essentielle au quotidien comme avant les temps de sieste… et qui n’éclipsent nullement une continuité de la présence des professionnel(le)s lors de ces moments.

Des professionnel(le)s qui seront eux-mêmes posés et tranquilles ; qui sauront encourager chaque bébé à user de ses ressources propres d’endormissement autonome… Un réveil précoce ? L’adulte est là…et par son regard seul, il peut rassurer le bébé qui refermera ses petits yeux.

Quand le temps est venu que la professionnelle du « matin » s’en aille, point question qu’elle le fasse en catimini ! Car ce temps de transition n’est pas réservé au seul adulte : le bébé, lui aussi, doit être prévenu… et ce temps doit lui aussi être imprégné de cette même tranquillité.


Mais tout ceci ne saurait éclipser les parents… À défaut d’avoir Nicolas et Pimprenelle à disposition, la crèche hospitalière a en effet Gaspard et Josette, deux adorables marionnettes qui, chaque jour sont présentes dans le lieu d’accueil, avec dans leurs mains de grandes pancartes annonçant le nom des professionnel(le)s présent(e)s dans la journée, celui des bébés comme précisant le lieu où ces derniers seront accueillis. En jeu, point seulement une question de pragmatisme : tout un chacun est ainsi tranquillisé… un ingrédient essentiel à ce que toute journée commence sereine !

Chers libres explorateurs, il est temps de vous souhaiter une belle journée !


[1] Voir notamment Tarullo, A. R., Balsam, P. D., & Fifer, W. P. (2011). Sleep and Infant Learning. Infant and Child Development 20: 35-46.

[2] Challamel, M. (2005). Neurophysiologie du sommeil de l’enfant : de la période fœtale aux premières années de la vie. Spirale, 34(2), 19-28.

[3] Fontaine, A-M. Les Enfants ont besoin que les adultes soient pour eux des « phares » allumés !, in Cyrulnik, B. (dir.) (2016) Boris Cyrulnik et la petite enfance. Savigny-sur-Orge : Éditions Philippe Duval., pp.413-429.

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