Bébés explorateurs des espaces, cap sur l’affordance !

Chères Libres Exploratrices,

Chers Libres Explorateurs,

Nous sommes certains que vous avez souri lors de notre dernier rendez-vous, face à la présentation de Candelaria de Tomaso. Il faut dire qu’investir si profondément la question de la période de familiarisation dans une version Petit Prince n’est pas si courant… Qui plus est, et comme le soulignait une professionnelle commentant cette prestation, éclairer les enjeux de la petite enfance avec de l’humour est incroyablement riche. L’occasion de souligner rapidement l’importance de ce dernier dans l’apprentissage, que ce soit pour les petits, comme les plus grands que nous sommes !

Mais aujourd’hui, changement de cap : sortez vos boussoles, car nous allons parler espace !

C’est Anne-Sophie Rochegude, directrice scientifique de l’Institut Petite Enfance Boris Cyrulnik, qui se propose de vous y plonger via un concept au nom quelque peu mystérieux : l’affordance.

Affordance, affordance, vous avez dit affordance ?

Parfois, nous n’avons pas tous les mots pour dire ce que nous souhaitons : pas parce que nous ne les trouvons pas mais parce qu’ils n’existent pas ! Alors, il nous faut bien les créer ! Et c’est ce qui est arrivé à James Gibson, un psychologue américain passionné de perception visuelle.

Il souhaitait en effet souligner notre rapport toujours vivant et dynamique à l’environnement et à ses objets ; mettre en avant que notre perception répond à des appels directement issus de la manière dont les choses nous apparaissent, engendrant par suite des comportements particuliers. De là, un néologisme : l’affordance, dérivé du verbe anglais to afford qui signifie succinctement « procurer, offrir l’opportunité ».

Prenons un de ses exemples et imaginez une surface plane, lisse, assez étendue… Vous la voyez bien ? Eh bien, de par ces propriétés qui apparaissent, si vous êtes un petit animal vous aurez sûrement envie de grimper dessus et de vous en faire un support : affordance « supportabilité » ! Si on ajoute que cette surface est positionnée à hauteur de vos genoux d’Homme, elle vous offrira l’opportunité de vous assoir : affordance « assoyabilité » ! Mais si vous êtes un petit Homme, l’appel ne sera pas le même… et les affordances qui en découleront seront bien différents : le bébé sera par exemple bien plus prompt à se cacher dessous (« cachabilité »)!

Qu’est-ce-que cela signifie ? Qu’en deçà de toute analyse ou traitement, il se joue quelque chose dans la rencontre entre notre champ visuel avec les objets. Plus précisément, entre la perception d’un individu toujours particulier, avec un milieu donné. Point de rigidité, une espèce de dialogue bien vivant.

Certes vous nous direz ! Et alors ? Alors les enjeux sont considérables, notamment en matière de petite enfance ! Et pour le découvrir, quittons James pour nous tourner vers son épouse (mais surtout autre psychologue !) Eleanor. En effet, celle-ci, passionnée du développement des tout-petits a tout simplement mais de manière géniale, relié la théorie de l’affordance au comportement le plus classique et le plus essentiel des bébés : l’exploration.

Très très succinctement : le tout-petit, en explorant le monde, en découvre les affordances et ce faisant, il apprend !

Selon son environnement, selon les objets et la manière dont ils lui parlent, son comportement exploratoire se déploie en comportements spécifiques ; au gré de son évolution locomotrice, de la maturation de son système perceptif, le monde lui parlera différemment, les « invitations » varieront en richesse et complexité… Et c’est bien en apprenant les affordances de son environnement que le bébé apprend tout court ! C’est aussi comme cela qu’il se créera des attentes sur son monde, sera de plus en plus apte à le comprendre et à y évoluer… Un enjeu crucial donc !

Repensons espace et aménagement !

Oui, mais ce jeu entre le bébé et l’environnement, celui-là même qui peut expliquer qu’il soit follement attiré par des vieux cartons de déménagement (formidables affordances de « cachabilité », « supportabilité », « portabilité », etc.), n’est-il qu’un entre-deux où nous n’avons rien à faire ?

La réponse est … non !

L’affordance nous permet de mieux comprendre les comportements parfois incongrus des tout-petits (l’exploration des heures durant d’une table basse par exemple !) et de saisir leur enjeu développemental. Or les comprendre, c’est aussi les respecter et leur donner une valeur.

Même si nous ne pouvons pas forcer une affordance – le bébé perçoit ce qu’il peut et veut et c’est sa propre perception qui sentira si les propriétés qu’il voit l’intéressent… ou non !- nous avons quand même un rôle à jouer dans l’environnement qu’on lui propose. Et là, une idée essentielle à retenir :

Le but du jeu est de lui offrir un milieu le plus riche d’affordances possibles !


Cela implique deux grandes choses…

• être capable de lire son environnement et ce qu’il contient en mode affordances. Par exemple, une surface étendue et lisse au sol : affordance idéale pour des expériences de quatre-pattes, de marche, de course…, et non en termes de beauté esthétique et froide (parce que c’est peut-être bien beau… mais quelle pauvreté en termes d’affordances !). Un regard questionnant toujours les possibilités offertes et possibles pour les bébés selon leur niveau développemental.

• être capable de modifier tous les espaces qu’ils fréquentent… voire d’investir ceux auxquels ils n’ont pas accès pour des raisons diverses (la numéro 1 étant l’exigence sécuritaire), en étant notamment vigilant à voir s’ils pourront non seulement avoir de riches et potentielles affordances à l’horizon… mais surtout s’ils pourront les actualiser ! Bien souvent en effet, le tout-petit est prêt à dire « oui » à l’invitation de son espace mais… nous ne lui permettrons pas ou l’organisation et l’aménagement l’en empêcheront tout simplement ! Drôlement frustrant et surtout une grande perte en matière d’apprentissage…

Prêts à repenser et réaménager votre espace d’accueil quitte à bousculer certaines choses ? Les petits libres explorateurs le valent bien !


Et si vous souhaitez en savoir plus sur l’affordance, mais surtout découvrir des supports et suggestions pratiques pour renouveler l’environnement des tout-petits, sachez qu’Anne-Sophie Rochegude sortira prochainement un livre dédié.

A retrouver prochainement sur Editions Philippe Duval et dans les bonnes librairies !

A voir aussi : Boris Cyrulnik : la liberté et le rythme du jeune enfant

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