Explorer le monde… et le croquer à pleines dents !

Chères passionnées des bébés, Chers tout aussi passionnés des bébés,

Nous revoilà !

L’exploration de la petite enfance n’a pas de frontières, tout comme celle menée chaque jour par les tout-petits : s’arrêter à quelques aspects ou domaines ne serait en effet pas digne… ni de petits ni de grands explorateurs !

On ne savoure pas qu’une seule dimension du monde : le palais de la découverte est immense !

Notre rencontre aujourd’hui sera particulièrement délectable puisqu’avec Sandrine Mercier, assistante maternelle dans l’Oise depuis 8 ans, nous allons plonger dans le champ alimentaire, et, plus précisément, dans la question du plaisir social au cours du repas.

Vive le plaisir au moment du repas !

Le repas, nous le pensons, le préparons avant que les bébés ne l’expérimentent : une étape primordiale ! Pour autant, déjà à ce niveau, mille questions peuvent apparaître : que choisir comme équipement… et quels critères pour guider notre choix ?

Sandrine Mercier évoque ainsi qu’à ses débuts, ces interrogations étaient mues par des aspects pratiques, avec un équipement (table, petites chaises et chaise haute) permettant aux les tout-petits qu’elle accueillait de pouvoir .manger à leur rythme et selon leurs besoins.

Sur le papier, tout était parfait ; concrètement aussi, les repas se passaient « bien ».

Mais peut-on se suffire d’un « correctement » avec les bébés ? Ne peut-on chercher à aller plus loin ?

L’alimentation n’est pas juste une nécessité physiologique. Elle appelle à autre chose : à ce que, comme à tout autre moment de la journée, la dimension PLAISIR soit présente.

Réfléchissez-y : qu’apprécions-nous lors de repas partagés avec d’autres ? La gastronomie (oui, peut-être et encore, pas toujours !), mais aussi et d’abord la convivialité. Ce petit plus (grand plutôt !), est, aux yeux de notre assistante maternelle, une réelle valeur, une valeur à transmettre.

Le repas, dans l’environnement d’accueil tout comme familial, peut ainsi être temps de partage. Il ne s’agit pas simplement de répondre à un besoin individuel, mais de penser le collectif (quelle que soit sa taille), cet ajout lié au « manger ensemble ».

Lorsque nous avons deux bébés mangeant à une petite table, un autre sur sa chaise autre, et un adulte navigant entre les deux, pas évident que ce rendez-vous réponde à cet appel social !

Alors… comment faire ?

Tout le monde vraiment ensemble !

Sandrine Mercier s’est, sur ce constat, lancée dans une expérimentation.

L’idée : pour qu’il y ait véritablement partage, il lui fallait penser d’abord à une mise à la même hauteur. Imaginez-vous assis sur un tabouret de bar lorsque vos amis mangent sur une table classique : ce décalage n’est pas forcément idéal ! Mais si nous adultes, nous pouvons facilement imaginer rapatrier une chaise pour ainsi partager un même plan horizontal, comment faire avec des très petits ? Comment leur donner place autour d’une table centrale ?

Pour le bébé accueilli âgé de moins de 1 an, notre professionnelle a imaginé une petite assise très proche du sol et lui a fabriqué un grand plateau tel que celui que l’on trouve classiquement sur les chaises hautes mais qui avait la spécificité de pouvoir être bougé par le tout-petit lui-même (non scindé à l’assise).

Cerise sur le gâteau : cet équipement confectionné sur mesure avait aussi de spécial qu’il promouvait l’autonomie du tout-petit ! Pouvant tirer ou pousser le plateau, comme s’assoir seul sur la petite assise, il pouvait à son gré, à son rythme, gérer son temps comme son espace repas de manière autonome, en tant qu’acteur… Car l’autonomie n’est pas réservée aux seuls plus grands !


Revenons-en donc à notre nouvelle situation de repas : les effets se sont d’emblée fait sentir, avec une facilitation et multiplication des échanges visuels, lesquels permettant une attention conjointe, jouaient de fait sur les interactions socio-émotionnelles.

Car oui, le fait de partager, bien concrètement une table, peut changer complètement la donne ! Et ce n’est pas Claude Fischler, le socio anthropologue qui n’a de cesse de vanter les bénéfices et enjeux de la commensalité (de cum, avec et mensa, la table). Du partage d’un meuble, il n’y a qu’une seul pas (ou bouchée !) à franchir pour partager bien plus … et parvenir à toucher la dimension de plaisir social !

Du plaisir alimentaire au plaisir tout court… ou plus large !

Il peut être difficile d’évaluer précisément le plaisir ressenti par un bébé au cours du repas. Rien que sa définition peut susciter des interrogations ! S’agit-il du plaisir « découverte alimentaire » ? Du plaisir des sens ? Du plaisir d’être avec l’autre ? De toutes ces dimensions auxquelles nous pourrions ajouter bien d’autres aspects ?

Quoiqu’il en soit, Sandrine Mercier a pu observer des effets qui ne font que souligner l’enjeu de ces réflexions-actions :

  1. le partage : celui des goûts, des ressentis, des plats, etc.
  2. l’imitation : tant celle des pairs que de l’adulte. Phénomène crucial en matière d’apprentissage comme de transmission culturelle, elle jouait ici pleinement son double rôle grâce à cette nouvelle configuration ;
  3. la complicité créé entre convives ! Et pas uniquement les bébés, l’adulte y étant pleinement intégré.

Parés pour des expérimentations « à la recherche du plaisir social » du bébé ?

À oser bousculer l’aménagement pour y parvenir ?

N’hésitez pas à partager ce que vous-mêmes avez pu créer, tester, inventer !


A voir aussi : Deux minutes avec Boris Cyrulnik : La liberté, l’exploration et l’attachement

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je suis assistante maternelle et j’ai acheté une petite table et des chaises, j’ai coupé les pieds pour les adapter à la taille des enfants et cloué une toile cirée pour faciliter le nettoyage de la table. Nous mangeons tous ensemble, le repas devient un moment conviviale, de plaisir et de partage. J’en profite pour nommer les aliments, les goûts. J’aime bien manger et je pense que le plaisir que je prends se transmet aux enfants.

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    1. Bonjour France, nous aimerions beaucoup voir des images de votre installation et de votre expérimentation à table. Vous pouvez nous envoyer quelques photos sur notre adresse email (lesprofessionnelspetiteenfance@gmail.com). N’hésitez pas à nous expliquer votre démarche en quelques mots ! A bientôt !

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  2. Mme Delamare Dominiqie dit :

    J’ai été très intéressée par votre vidéo et je me pose qq questions. Je suis assistante maternelle depuis 5 ans et partager les plaisirs de la vie avec les petits que j’accueille est pour moi une évidence. Lors du repas en particulier j’ai le bonheur de manger avec eux.
    (Il faut preciser que je n’en ai que 2)
    Par contre nous sommes tous installés autour de la table (eux dans leurs chaises hautes) et c’est effectivement un grand moment de partage. Nous goûtons, commentons et partageons nos mêts dans une ambiance souvent festive. Pouvez vous me dire l’importance du petit mobiler que vous avez mis en place par rapport à ma propre « installation ». Les enfants sont sans doute plus mobiles mais avez remarqué une différence ?
    Merci !

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    1. Dominique, nous avons posé votre question à Sandrine Mercier, notre intervenante concernant ce sujet du repas, et voici sa réponse :

      Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à mes propos et suis ravie qu’ils vous aient interpellés.
      Proposer du mobilier à la taille de l’enfant a, je pense, des répercussions principalement sur deux points : l’autonomie de l’enfant et le regard que porte l’adulte sur cet enfant.
      Concernant l’autonomie de l’enfant : le fait de pouvoir s’asseoir seul sur une chaise pour passer à table permet au (très) jeune enfant de ne pas être «manipulé » par l’adulte. Il acquiert et affine ses capacités motrices (coordination de ses membres, équilibre…) et peut de ce fait, gérer son temps et son espace-repas à sa guise (vient s’asseoir lorsqu’il a faim et se lève lorsqu’il est rassasié !) Plus grand, lorsqu’il est en demande pour participer et «faire» comme l’adulte, le petit mobilier se prête tout à fait à satisfaire ce besoin. Par exemple, le dressage de la table revêt alors une dimension de transmission culturelle que l’enfant acquiert en y participant (s’il le souhaite!) Apprendre à faire seul est primordial pour l’enfant, non seulement pour savoir faire seul mais surtout, pour décider de faire ou non. Cette capacité de prise de décision participe grandement à la construction de l’individu. Le mobilier à sa taille lui offre alors la possibilité de décider.
      Le regard de l’adulte porté sur l’enfant sera de ce fait modifié (et par conséquences, sa posture de professionnel ) : le petit mobilier mis à disposition de l’enfant nécessite la confiance de l’adulte envers l’enfant (lui laisser le temps de faire seul) et favorise son écoute (être à l’écoute des ressentis de l’enfant par exemple lorsqu’il n’a pas ou plus faim). Pour moi, cette posture de l’adulte s’apparente au respect de l’enfant en tant qu’individu à part entière.
      Pour conclure, proposer du mobilier à la taille de l’enfant favorise chez l’enfant l’acquisition de compétences qui ne se voient pas concrètement mais qui s’observent de façon transversale : développement de la confiance en soi, estime de soi, assurance, prise de décision… qui assoient la construction de l’individu et permet à l’enfant d’explorer en toute liberté, que ce soit à l’heure du repas ou à tout autre moment de la journée !

      A bientôt sur le blog !

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