Bébés explorateurs appellent la Terre !

Grands explorateurs, bonjour !

Vous le savez, les tout-petits disposent de formidables compétences ! Mais comme peut le dire Boris Cyrulnik, « ils apprennent le goût du monde par nos signaux d’encouragement »…

Oui ! Ils ont besoin de nous ! On peut être doué tout en ayant besoin des autres pour s’exprimer et développer tout son potentiel !

Delà, nous sommes sûrs que vous voyez où nous souhaitons en venir… À l’attachement bien évidemment !  La théorie de l’attachement… vous en avez déjà entendu parler…

La qualité des liens d’attachement que le bébé peut construire est extrêmement importante… Et on ne parle pas d’amour là !

Quoi de mieux alors pour découvrir la théorie de l’attachement que de donner la parole à un spécialiste qui a passé sa vie à travailler sur la question ? Aujourd’hui, c’est Blaise Pierrehumbert, psychologue suisse, qui est ainsi à l’honneur…avec une approche pour le moins originale de l’attachement puisque nous plongeant dans une version cinématographique !

Son axe d’approche : que peuvent et méritent d’attendre de nous les petits explorateurs en herbe ? Nous, adultes qui prenons soin d’eux au quotidien, devenons-nous être experts en tendresse ?

Mais d’abord, un petit rappel sur la relation d’attachement : un lien symétrique entre un enfant et un adulte ? NON ! Asymétrique et c’est essentiel !

D’un côté des donneurs de soins (caregivers), de l’autre, des receveurs de soins (caretakers) ; et de part et d’autres, deux motivations différentes : expression de la sensibilité de l’adulte face à celle de la recherche de sécurité de l’enfant.

Mais la sensibilité d’un parent est-elle superposable à celle d’un professionnel de la petite enfance ?

Un mot permettrait davantage de pointer l’enjeu de ce que nous pouvons offrir au bébé : la SOLLICITUDE. Vous savez, cette attention soutenue, soucieuse de l’autre, affectueuse et respectueuse : comprendre par ce dernier terme que les tout-petits ne vont pas forcément manifester un besoin d’intimité physique ou de proximité… Y répondre quand ils le désirent, l’appellent… mais ne pas l’imposer…

D’une certaine manière, cela fait écho à tous les travaux d’Emmi Pikler (Lóczy) et les publications variées qui lui ont succédé, tels que ceux de Myriam David et Geneviève Appell et leur notion « maternage insolite »… Mais nous pouvons aussi penser au film de Bernard Martino, Lóczy, une maison pour grandir. L’idée générale : une manière d’être particulière auprès des tout-petits, dans laquelle le respect de leur autonomie apparaît essentielle, davantage encore que les dimensions de tendresse[i].

Réalisé par Claude Barras, (2015)

Oui mais voilà… parfois la vie des bébés n’est pas simple. Typiquement, pensons à Courgette, héros éponyme du film Ma vie de Courgette réalisé par Claude Barras en 2015, qui suite à la perte de sa mère, se sent plus que perdu (promis, nous n’en dirons pas plus afin de ne pas spoiler la suite de l’histoire !). Face à un tout-petit ayant connu un drame dans sa vie, se révélant en détresse, devons-nous en rester à ce respect de l’autonomie sans aller plus loin ?

Non, évidemment… et cela nous invite à interférer là où en général nous évitons de le faire. Un devoir nous incombe, celui d’ingérence. Vous connaissez tous cette notion de géopolitique où un État va mettre son nez dans les affaires d’un autre parce que la situation l’y appelle d’urgence : parfois, un bébé a besoin de cela… Mais parfois hein ! Il ne s’agit pas d’en faire une maxime du quotidien !

Plus profondément, cela nous invite à repenser le trio attachement-exploration-autonomie.

Réalisé par Sean Penn, (2007)

Dans nos sociétés occidentales, le développement personnel, l’affirmation de soi, la réussite individuelle, l’indépendance, sont primés. Et nous considérons ainsi la construction d’un lien sécure comme ce qui permet de les porter. Pour autant, il ne s’agit pas de considérer l’autonomie totale comme le saint graal ! L’autonomie compulsive, telle que John Bowlby en parlait déjà, révèle une insécurité fondamentale – du type évitant. Un exemple ? Christopher, le personnage principal du film Into the Wild (2007). Dans la lignée de cet éloge à l’excès d’autonomie : les travaux du psychologue américain John Watson et, en la matière, ses recommandations à « changer de nourrice chaque semaine pour que le bébé ne s’y attache pas », « le laisser toujours pleurer pour en faire un être indépendant »… La promotion de l’autonomie, en-deçà du fait qu’elle est culturellement influencée, ne doit pas nous amener à penser le lien à l’autre comme faiblesse ou comme à éviter.

« J’admets la part de l’autre dans la constitution de mon destin ».

Eric Emmanuel Schmidt

Mais pensons aussi à la mission Apollo 13, dont la version cinématographique de Ron Howard (1995) reprend la phrase mythique, « Houston, nous avons un problème! » : on peut être explorateur, partir vers la contrée la plus lointaine que l’on imagine, ici la lune, et pourtant le contact à la terre est nécessaire. Garder le lien pour que puisse perdurer et se faire la mission…

Bien évidemment que se laisser apprivoiser par l’autre (rappelez-vous du Petit Prince et du Renard) implique une perte relative de liberté. Mais face au fait de devenir significatif, essentiel pour l’autre, cette notion de perte est plus qu’amoindrie. Alors, « ouvrir la cage aux oiseaux » comme nous y appelle la chanson de Pierre Perret, oui… peut-être, mais… en gardant toujours contact ! Non seulement c’est précieux, mais qui plus est, la nature étant bien faite, même notre cerveau en apprécie grandement les effets (notre système de récompense nous en remerciant et invitant).

Bébés libres explorateurs… mais qui invitent la Terre à capter 5/5 !


[i] Pierrehumbert, B., (2001). Maternage insolite attachement insolite, Carnet Psy 5(65) : 18-21.

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